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Plantes médicinales burundaises

Huit plantes documentées au Burundi : identification, milieu, usages rapportés par les tradipraticiens, et état des connaissances scientifiques.

⚠️ Cette page documente, elle ne prescrit pas.

Elle rassemble ce que la recherche ethnobotanique, botanique et pharmacologique a publié sur des plantes du Burundi. Elle ne donne aucune dose et aucune indication thérapeutique. Les quantités et les durées figurent dans les études citées ; elles n’ont pas leur place sur une page publique.

Une plante active est une plante qui peut nuire : à mauvaise dose, avec le mauvais organe, ou mal préparée. Devant un symptôme, on va au centre de santé. Se soigner seul avec une plante retarde le moment où l’on est vraiment soigné.

Les enquêtes rapportent que les tradipraticiens assortissent souvent leurs remèdes d’interdits : alcool, produits sucrés, et parfois l’arrêt des médicaments modernes. Ce dernier interdit est dangereux. Un traitement prescrit ne s’interrompt pas.

Ces plantes sont d’abord de la biodiversité. Savoir où elles poussent et ce qui les menace est une raison de plus de protéger les haies, les lisières et les berges où elles vivent. Plusieurs des espèces ci-dessous ne poussent qu’en marge de forêt de montagne ou en végétation secondaire, des milieux qui reculent.

Le répertoire

La pharmacopée burundaise

Chaque fiche suit le même plan : identification, reconnaissance sur le terrain, usages rapportés, préparations, état de la recherche, sécurité. Lorsqu’une donnée n’existe pas dans la littérature, la fiche le dit.

🌿Ikinga — Justicia nyassana

Identification

  • Nom accepté : Justicia nyassana Lindau, Acanthaceae. Publié dans Botanische Jahrbücher für Systematik 20 : 66 (1894).
  • Synonyme : Justicia ulugurica Lindau (1895).
  • Kirundi : ikinga. Aucun nom français, anglais ou swahili attesté dans les sources consultées.
  • Épithète : du Nyassaland, actuel Malawi, pays du spécimen type.

Reconnaître et situer

Herbacée vivace, tiges dressées, ascendantes ou sarmenteuses, jusqu’à 100 cm. Feuilles opposées, étroitement ovales ou elliptiques, 1 à 7 cm, à pubescence grisâtre. Fleurs réunies en épis denses terminaux ; corolle bilabiée, mauve pâle à rose, marquée de lignes pourpres sur la lèvre inférieure.

Sentiers, clairières, lisières forestières et lieux humides des savanes boisées. Présente au Burundi, en République centrafricaine, en RD Congo, en Éthiopie, au Kenya, au Malawi, au Mozambique, au Soudan, en Tanzanie, en Ouganda, en Zambie et au Zimbabwe. Sur 561 occurrences enregistrées par le GBIF, 14 proviennent du Burundi. Récolte de référence : colline Biyorwa, commune Butaganzwa, province de Ruyigi, 1 508 m.

Parties utilisées et usages rapportés

Organes employés : feuilles et parties aériennes.

Enquête de 2015 auprès de 60 tradipraticiens de Bujumbura : espèce citée par 32 % d’entre eux, contre la varicelle, la dysenterie, la diarrhée et la rougeole.

Enquête de 2024 auprès de 43 tradipraticiens : 40 la citent. Neuf affections rapportées, par ordre de fidélité — dysenterie 90 %, choléra 72,5 %, rougeole 50 %, dermatoses 37,5 %, diarrhée 35 %, anémie 32,5 %, hypertension 22,5 %, hépatite 17,5 %, méningite 2,5 %. Valeur d’usage globale 3,34.

Particularité relevée par les auteurs : c’est la seule des cinq espèces anti-infectieuses les plus employées au Burundi à être utilisée seule, sans association.

Préparations rapportées

Macération, décoction, expression du jus, consommation comme légume, bain de vapeur. Voies orale, rectale et cutanée.

Ce que la recherche a établi

Un seul criblage phytochimique qualitatif a été publié (2024), sur cinq extraits de feuilles : stérols et terpènes dans les extraits apolaires ; tanins, composés polyphénoliques et flavonoïdes dans les extraits polaires ; saponines dans les extraits méthanolique et aqueux. Les alcaloïdes n’ont été détectés dans aucun extrait.

Aucune molécule n’a été isolée ni caractérisée.

Aucune étude pharmacologique — in vitro, animale ou clinique — n’a été publiée sur cette espèce. Une recherche PubMed sur le binôme ne renvoie aucun résultat. Les données abondantes existant pour d’autres Justicia, comme J. adhatoda ou J. gendarussa, ne lui sont pas transposables.

Sécurité

Aucune étude de toxicité aiguë, subchronique, cytotoxique ou génotoxique n’a été menée sur cette espèce. Aucune contre-indication et aucune interaction médicamenteuse ne sont documentées.

L’absence de données de toxicité ne vaut pas preuve d’innocuité.

Sources : Nzoyisubiziki et al. (2024), Ethnobotany Research and Applications 29 : 1-21, doi:10.32859/era.29.1.1-21 · Ngezahayo et al. (2015), Journal of Ethnopharmacology 173 : 338-351, doi:10.1016/j.jep.2015.07.028 · Darbyshire, Vollesen & Kelbessa (2015), Flora Zambesiaca 8(6) · POWO, Kew · Banque Prélude, Musée royal de l’Afrique centrale.

🌿Imbatura — Senecio maranguensis

Identification

  • Nom accepté : Senecio maranguensis O. Hoffm., Asteraceae, tribu des Senecioneae. Publié en 1895 ; spécimen type du Kilimandjaro (Marangu, Tanzanie).
  • Six synonymes enregistrés, dont S. hageniae et S. jugicola.
  • Kirundi et kinyarwanda : imbatura. Mashi (Sud-Kivu, RD Congo) : mubazibazi. Aucun nom français, anglais ou swahili attesté.

Reconnaître et situer

Arbuste ligneux atteignant environ 2 m, prenant des formes sarmenteuses en forêt. Tiges longues et flexibles, pubescentes, parfois teintées de pourpre. Feuilles coriaces, ovales, de 3 à 17 cm, à marge dentée. Capitules en corymbes terminaux, à ligules jaunes.

Habitat précis et fragile : marges de forêt de montagne et végétations secondaires en régénération, entre 1 800 et 2 100 m au Malawi. Présente au Burundi, en RD Congo, au Kenya, au Malawi, au Rwanda, en Tanzanie et en Ouganda. Sur 383 occurrences enregistrées par le GBIF, 28 proviennent du Burundi, notamment du parc national de la Kibira, secteur de Rwegura. Récolte de référence : colline Zingi-Nyaruyaga, commune Bugarama, province de Rumonge, 1 941 m.

Parties utilisées et usages rapportés

Organes employés : feuilles principalement, également parties aériennes et racines.

Enquête de 2024 auprès de 43 tradipraticiens, par ordre de fidélité — pustules 97,2 %, dermatoses 94,4 %, éruptions cutanées 91,7 %, plaies 47,2 %, gale 27,8 %, alopécie 8,3 %, anorexie 8,3 %. Valeur d’usage globale 3,14, très majoritairement dans la catégorie des maladies de peau.

Enquête de 2015 : espèce citée par 48 % des tradipraticiens de Bujumbura, contre la teigne, les éruptions purulentes, le pian, la varicelle, la diarrhée, la mycose des pieds et la lèpre.

La banque Prélude documente en outre, au Burundi, des usages contre les troubles digestifs, la toux, l’otite, les parasitoses intestinales et le kwashiorkor, ainsi qu’un usage rapporté pour prévenir l’avortement.

Préparations rapportées

Poudre de feuilles ou de racines séchées, décoction, macération, calcination en cendres, suc de feuilles écrasées, cendres mêlées au beurre. Voies orale, rectale, cutanée et auriculaire.

Ce que la recherche a établi

Criblage phytochimique qualitatif de 2024 : stérols et terpènes, tanins et composés polyphénoliques, flavonoïdes présents ; saponines absentes ; alcaloïdes non détectés au réactif de Dragendorff. Aucune molécule n’a été isolée.

Une seule étude pharmacologique publiée : Uwamariya et al. (2025) rapportent, in vitro, qu’un extrait méthanolique de feuilles agit sur le virus respiratoire syncytial en ciblant la protéine de fusion virale, les variants résistants portant la substitution T335M. Les valeurs d’activité propres à cette espèce ne sont pas individualisées dans le résumé accessible.

Aucune étude animale, aucun essai clinique. Aucune donnée publiée sur les activités antibactérienne, antifongique ou cicatrisante, alors que les usages traditionnels dominants sont dermatologiques.

Sécurité

Le genre Senecio est connu pour contenir des alcaloïdes pyrrolizidiniques, hépatotoxiques et génotoxiques à très faible dose. L’Agence européenne des médicaments retient une limite d’exposition de 0,35 microgramme par jour pour un adulte de 50 kg et de 0,14 microgramme pour un enfant de 20 kg ; l’EFSA les classe comme cancérogènes génotoxiques possibles chez l’homme.

Chez Senecio maranguensis, ces alcaloïdes n’ont jamais été dosés. Le criblage de 2024 les donne absents, mais par une réaction générale peu sensible, inadaptée aux traces et aux N-oxydes sous lesquels ils se présentent le plus souvent dans ce genre. Les auteurs écrivent eux-mêmes que leur présence et leur teneur restent à évaluer pour cette espèce très employée au Burundi.

L’appartenance au genre ne suffit pas davantage à les présumer : la production de ces alcaloïdes ne suit pas la phylogénie, et Senecio coronatus en est dépourvu.

Aucune contre-indication, aucune interaction médicamenteuse et aucun cas d’intoxication ne sont documentés pour cette espèce.

⚠️ Deux points à connaître. Les alcaloïdes pyrrolizidiniques ne sont pas détruits par la cuisson : plus de 94 % subsistent après trois heures d’ébullition. Et les usages rapportés au Burundi concernent notamment la femme enceinte et l’enfant dénutri. En l’état, le statut de cette espèce est inconnu, et cette incertitude est elle-même l’information à retenir.

Sources : Nzoyisubiziki et al. (2024), doi:10.32859/era.29.1.1-21 · Ngezahayo et al. (2015), doi:10.1016/j.jep.2015.07.028 · Uwamariya et al. (2025), Phytomedicine Plus 5 : 100842, doi:10.1016/j.phyplu.2025.100842 · EMA/HMPC/893108/2011 (2014) · EFSA CONTAM (2017), doi:10.2903/j.efsa.2017.4908 · Langel, Ober & Pelser (2011), doi:10.1007/s11101-010-9184-y · Van Schalkwyk et al. (2021), doi:10.1016/j.forsciint.2020.110680 · Banque Prélude.

🌿Igisuru — Urtica massaica

Identification

  • Nom accepté : Urtica massaica Mildbr. (1923), Urticaceae. Aucun synonyme enregistré par POWO.
  • Kirundi : igisuru, glosé « l’ortie ». Kinyarwanda : igisura, umusurasura, ururara. Swahili : mpupu. Français : ortie massaïe. Anglais : Maasai stinging nettle.
  • À ne pas confondre : l’ortie du Burundi est Urtica massaica, espèce africaine, et non Urtica dioica, l’ortie européenne. La littérature abondante sur cette dernière ne lui est pas transposable.

Reconnaître et situer

Herbacée vivace dioïque atteignant 2 m, issue d’un rhizome traçant et formant des touffes lâches. Tiges et feuilles couvertes de poils urticants de 1,5 à 2 mm, reconnaissables au contact. Feuilles opposées à stipules soudées, limbe ovale de 7 à 13 cm sur 6 à 10,5 cm, base en cœur, marge doublement dentée. Inflorescences en panicules axillaires.

Clairières et trouées de forêt de montagne, terrains perturbés, abords des habitations et des enclos à bétail, entre 1 500 et 3 250 m. Présente au Burundi, dans l’est de la RD Congo, au Rwanda, en Ouganda, au Kenya et en Tanzanie. Le GBIF ne recense que huit spécimens burundais, en Bubanza et Bujumbura rural — mont Heha, Ijenda, vers 2 000 m, récoltes de 1935, 1966 et 1975.

Parties utilisées et usages rapportés

Organes employés : tige feuillée, feuilles, racine.

Au Burundi, la banque Prélude documente quatre usages : flagellation en médecine vétérinaire pour les chaleurs, la rétention placentaire et l’infertilité du bétail ; jus de racine par voie orale ou en lavement pour les mêmes indications ; jus de tiges et feuilles en application locale sur les plaies ; friction des feuilles et décoction de racine contre la fièvre, les affections cutanées et la syphilis. Le matériel urticant est aussi employé sur les fractures, en association avec Tragia brevipes. Ces notices sont qualitatives : aucune fréquence de citation n’est publiée pour le Burundi.

Au Rwanda, une enquête auprès de 124 répondants dans onze districts donne comme indications dominantes les ulcères gastriques, 37 % des citations, et l’hypertension, 15 %, ainsi que des usages alimentaires, fourragers et vétérinaires.

Préparations rapportées

Jus de racine ou de tige feuillée, décoction de racine, macération de feuilles, friction ou flagellation avec la tige urticante, cataplasme de feuilles écrasées, compresses chaudes. Les feuilles sont aussi consommées bouillies comme légume, l’ébouillantage détruisant les poils urticants.

Ce que la recherche a établi

Aucune analyse phytochimique propre à cette espèce n’a pu être vérifiée. L’unique étude antibactérienne disponible n’a réalisé ni chromatographie ni spectrométrie sur la plante : elle a modélisé des flavonoïdes rapportés pour le genre Urtica, non isolés de U. massaica.

In vitro, un extrait méthanolique de feuilles produit des zones d’inhibition de 6 à 11,7 mm sur Acinetobacter baumannii et sur le staphylocoque doré résistant à la méticilline, sans concentration minimale inhibitrice rapportée — activité faible et méthodologiquement limitée. La documentation PROTA signale par ailleurs une absence d’activité sur Plasmodium falciparum.

Aucun essai clinique. Aucune étude ne valide pharmacologiquement les indications burundaises.

Sécurité

Une seule étude animale : chez la souris gestante, un extrait méthanolique de feuilles administré à 1 000 mg/kg par voie orale a provoqué 40 % de résorption fœtale partielle. Les auteurs concluent à une activité tératogène à forte dose et appellent à la prudence pendant la gestation. Ce signal est isolé et n’a pas été reproduit.

Les poils urticants provoquent une douleur cutanée transitoire.

Aucune dose létale médiane, aucune donnée de toxicité subchronique, hépatique ou rénale, aucune contre-indication et aucune interaction médicamenteuse ne sont documentées.

Sources : Bosch & Schippers (2004), PROTA · Nduwamungu et al. (2024), Cogent Food & Agriculture 10(1), doi:10.1080/23311932.2024.2306722 · Boddupalli et al. (2024), Biomedical and Pharmacology Journal 17(3), doi:10.13005/bpj/2961 · Wabai, Mwonjoria & Njagi (2018), The Journal of Phytopharmacology 7(6) : 460-463 · Banque Prélude · POWO, Kew.

🌿Nkuyumwonga — Mikania natalensis

Identification

  • Nom sous lequel la plante est publiée : Mikania natalensis DC., Asteraceae, tribu des Eupatorieae. Aucun synonyme enregistré par POWO.
  • Kirundi : nkuyumwonga, avec spécimens déposés en herbier sous les cotes JN005 et NJA003. Angola : ossivi.
Détermination botanique incertaine. Trois faits vont dans le même sens. La banque Prélude attribue le même nom kirundi à une autre espèce, Mikania capensis, qui est un synonyme de Mikania chenopodiifolia, dont l’aire native inclut le Burundi. L’aire de répartition attribuée à « M. natalensis » par l’étude de 2024 correspond à celle de M. chenopodiifolia, non à celle de M. natalensis, que POWO limite au Mozambique et à l’Afrique du Sud. Enfin, sur 215 occurrences enregistrées par le GBIF, aucune ne provient du Burundi, et la flore du Burundi ne recense qu’un seul Mikania, M. cordata. La plante employée sous le nom nkuyumwonga existe et est massivement utilisée ; c’est son rattachement à ce binôme précis qui demande une révision par un botaniste.

Reconnaître et situer

Aucune description morphologique n’a été publiée pour Mikania natalensis dans les sources consultées. Le taxon voisin M. chenopodiifolia est décrit comme une liane.

Récolte de référence au Burundi : colline Kizigama, commune Butaganzwa, province de Ruyigi, 1 569 m.

Parties utilisées et usages rapportés

Organes employés : feuilles et parties aériennes.

Enquête de 2024 auprès de 43 tradipraticiens, par ordre de fidélité — hernie 83,8 %, éruptions cutanées 81,1 %, pustules 62,2 %, diarrhée 56,8 %, varicelle 48,7 %, constipation 40,5 %, hémorroïdes et lombalgie 13,5 %, colopathie et toux 5,4 %. Valeur d’usage globale 3,56, la plus élevée des cinq espèces.

Enquête de 2015 : citée par 30 % des tradipraticiens, contre la teigne, les éruptions pustuleuses, la mycose du pied, l’amygdalite, la méningite et la diarrhée.

Fréquemment associée à Helichrysum congolanum, Hypericum revolutum et Pilogyne scabra.

Préparations rapportées

Macération, décoction, extraction du jus, feuilles séchées calcinées ou réduites en poudre puis mélangées au beurre pour application locale. Voies orale, rectale, cutanée et par inhalation de vapeur.

Ce que la recherche a établi

Un seul criblage phytochimique qualitatif publié : stérols et terpènes, tanins et composés polyphénoliques, flavonoïdes et saponines présents selon les extraits ; alcaloïdes non détectés. Aucune molécule isolée.

Aucune étude pharmacologique in vitro, animale ou clinique n’a été publiée sur cette espèce. Les travaux nombreux portant sur Mikania micrantha et M. cordifolia concernent d’autres espèces et ne lui sont pas transposables.

Sécurité

Aucune étude de toxicité, aucune contre-indication, aucune interaction médicamenteuse documentée.

Deux éléments accroissent la portée de ce vide : les voies d’administration rapportées incluent le lavement et l’ingestion de cendres, et l’un des usages concerne la varicelle de l’enfant.

Sources : Nzoyisubiziki et al. (2024), doi:10.32859/era.29.1.1-21 · Ngezahayo et al. (2015), doi:10.1016/j.jep.2015.07.028 · POWO, Kew · Banque Prélude · Flora of Burundi.

🌿Ngabimwe — Helichrysum congolanum

Identification

  • Nom sous lequel la plante est publiée : Helichrysum congolanum Schltr. & O. Hoffm. (1903), Asteraceae, tribu des Gnaphalieae. Aucun synonyme enregistré par POWO.
  • Kirundi : ngabimwe, spécimens JN013 et NJA005. Le GBIF enregistre par ailleurs les noms yembi et kiembi.
Deux déterminations concurrentes. La banque Prélude rattache le nom ngabimwe, au Burundi, à Helichrysum ceres, aujourd’hui H. mechowianum var. ceres — sur la foi de sources de 1978 à 1991, donc antérieures. Or c’est ce taxon-là, et non H. congolanum, qui figure parmi les vingt-deux Helichrysum recensés dans la flore du Burundi. Le GBIF ne compte qu’une seule occurrence burundaise de H. congolanum : une part d’herbier récoltée en 1957 à Bweru, près de Bugenyuzi, province de Gitega, dont le déterminateur n’est pas renseigné. Comme pour le nkuyumwonga, la plante est réelle et très employée ; c’est son nom scientifique qui reste à trancher.

Reconnaître et situer

Aucune description morphologique n’a été publiée pour cette espèce, ni aucune clé permettant de la distinguer de H. mechowianum sur le terrain. Le genre Helichrysum, les immortelles, se reconnaît à ses capitules à bractées sèches et persistantes.

Récolte de référence au Burundi : colline Biyorwa, commune Butaganzwa, province de Ruyigi, 1 508 m.

Parties utilisées et usages rapportés

Organes employés : feuilles principalement, également parties aériennes et racines.

Enquête de 2024, par ordre de fidélité — éruptions cutanées 88,2 %, teigne 76,5 %, dermatoses 73,5 %, usage comme complément alimentaire 61,8 %, pustules 52,9 %, varicelle 23,5 %, infection urinaire 17,7 %, fièvre et retard de croissance de l’enfant 11,8 %, troubles psychosomatiques 8,8 %, kwashiorkor 5,9 %. Valeur d’usage globale 3,42.

Enquête de 2015 : citée par 55 % des tradipraticiens, la fréquence la plus élevée des cinq espèces, contre la teigne, les éruptions purulentes et la diarrhée.

Sous la détermination H. ceres, la banque Prélude documente en outre des usages oculaires, digestifs, respiratoires et liés à la grossesse.

Préparations rapportées

Calcination en cendres, macération, décoction, réduction en poudre ; poudre ou cendre mélangée au beurre pour application cutanée ; scarification ; extraction du jus. Voies orale, rectale et cutanée.

Ce que la recherche a établi

Un seul criblage phytochimique qualitatif publié : stérols et terpènes, tanins et polyphénols, flavonoïdes et saponines présents selon les extraits ; alcaloïdes non détectés. Aucune molécule isolée, aucune huile essentielle caractérisée.

Aucune étude pharmacologique in vitro, animale ou clinique. La littérature abondante sur H. italicum ou H. aureonitens concerne des espèces méditerranéennes ou australes sans lien démontré avec celle-ci.

Sécurité

Aucune étude de toxicité, aucune contre-indication, aucune interaction documentée.

Les usages rapportés touchent des populations vulnérables — enfants en retard de croissance ou atteints de kwashiorkor, varicelle infantile, et femmes enceintes sous l’autre détermination. L’usage comme complément alimentaire, cité par 62 % des tradipraticiens, implique une exposition répétée dont la composition n’est pas caractérisée.

Sources : Nzoyisubiziki et al. (2024), doi:10.32859/era.29.1.1-21 · Ngezahayo et al. (2015), doi:10.1016/j.jep.2015.07.028 · POWO, Kew · Banque Prélude · Flora of Burundi · GBIF, spécimen MNHN-P P00039722.

🌿Umubirizi — Vernonia amygdalina

Identification

  • Nom accepté : Gymnanthemum amygdalinum (Delile) Sch. Bip., Asteraceae. Le basionyme Vernonia amygdalina Delile reste le nom sous lequel la quasi-totalité de la littérature est publiée. Dix-sept synonymes enregistrés.
  • Kirundi : umubirizi, umufumya, umubilizi. Anglais : bitter leaf. Français : vernonie amère. Aucun nom swahili attesté dans les sources consultées.

Reconnaître et situer

Arbuste ou petit arbre de plus de 2 m. Feuilles lancéolées à étroitement elliptiques, environ quatre fois plus longues que larges. Capitules blanc crème, parfois teintés de mauve, odorants surtout la nuit ; floraison de mai à septembre. L’amertume franche de la feuille est le critère de terrain le plus fiable, et c’est elle qui donne son nom à la plante.

Le GBIF compte 42 occurrences burundaises, dont des parts d’herbier de Kigwena, de Bururi, de la plaine de la Rusizi et du campus de Mutanga, entre 1980 et 2019. L’espèce est fréquemment plantée près des habitations.

Parties utilisées et usages rapportés

Organe employé : les feuilles, dans 84 % des usages rapportés.

Enquête de 2023 auprès de 341 chefs de ménage dans sept provinces et cinq zones éco-climatiques : umubirizi est la plante la plus citée de toute l’enquête antipaludique, avec 57,5 % de fréquence de citation, avec un usage secondaire comme répulsif à insectes.

Enquête de 2015 : citée par 22 % des tradipraticiens, contre la varicelle, la diarrhée, les affections respiratoires, la rougeole et la fièvre.

La banque Prélude documente surtout, en Afrique centrale, un usage vétérinaire : vermifuge, diarrhée, parasitoses et fièvre du bétail. La plante est également consommée comme légume.

Préparations rapportées

Macération, dans 60 % des usages antipaludiques rapportés au Burundi, et décoction, dans 37 % ; feuilles pilées ; friction sur le corps ; brossage des dents. La boisson est parfois mêlée à de la bière ou à un produit sucré.

Ce que la recherche a établi

C’est l’une des espèces les mieux caractérisées de cette page. Molécules identifiées : lactones sesquiterpéniques — vernolide, vernodalol, vernodalinol, épivernodalol ; flavonoïdes — lutéoline, isorhamnétine, cynaroside ; saponines stéroïdiennes — vernoamyosides A à D, vernonioside V.

In vitro, un fractionnement bioguidé a isolé le vernolide et le vernodalol ; l’extrait éthanolique bloque les stades sporogoniques précoces de Plasmodium avec une concentration inhibitrice médiane de 15,4 µg/mL, le vernodalol de 18,7 µM. Les auteurs signalent une cytotoxicité notable des fractions sur deux lignées cellulaires humaines.

Chez la souris infectée par Plasmodium berghei, la suppression parasitaire atteint 32,5 % à 200 mg/kg, 35,4 % à 400 et 37,7 % à 600, avec allongement de la survie de 6,5 à 12 jours. L’effet est réel mais modeste.

Un seul essai clinique a été publié, en Ouganda, sur le paludisme simple chez des patients d’au moins douze ans : réponse clinique adéquate au quatorzième jour chez 67 % d’entre eux, mais clairance parasitaire complète chez seulement 32 % de ceux-ci, et recrudescence chez 71 % des parasites clairés.

Des effets hypoglycémiants ont par ailleurs été rapportés chez le rat diabétique, ainsi qu’une inhibition de l’alpha-glucosidase.

Niveau de preuve : activité antiplasmodiale et antihyperglycémiante réelle mais faible à modérée, cohérente entre les modèles cellulaires et animaux ; un seul essai clinique, non randomisé, au résultat décevant. Rien n’autorise à parler d’efficacité démontrée chez l’humain.

Sécurité

Dose létale médiane orale supérieure à 2 000 mg/kg chez la souris pour l’extrait hydrométhanolique, sans mortalité observée à cette dose : la marge est large en administration aiguë.

Une revue de 2024 signale des teneurs foliaires en plomb, chrome, zinc, cobalt et nickel dépassant les recommandations de l’OMS — un risque lié au lieu de récolte plutôt qu’à la plante elle-même.

La cytotoxicité des lactones sesquiterpéniques sur lignées humaines impose la prudence pour les extraits concentrés.

Aucune donnée solide sur la grossesse, l’allaitement ou l’enfant. Aucune interaction médicamenteuse documentée, notamment avec les antidiabétiques et les antipaludiques. Toxicité chronique, pharmacocinétique et sécurité de l’usage prolongé restent inconnues.

Sources : Havyarimana et al. (2023), Ethnobotany Research and Applications 25 : 31, doi:10.32859/era.25.31.1-28 · Ngezahayo et al. (2015), doi:10.1016/j.jep.2015.07.028 · Degu et al. (2024), Frontiers in Natural Products 3 : 1347855, doi:10.3389/fntpr.2024.1347855 · Abay et al. (2015), Malaria Journal 14 : 288, doi:10.1186/s12936-015-0812-2 · Bihonegn et al. (2019), SAGE Open Medicine 7, doi:10.1177/2050312119849766 · Challand & Willcox (2009), Journal of Alternative and Complementary Medicine 15(11) : 1231-1237, doi:10.1089/acm.2009.0098 · Banque Prélude.

🌿Umuravumba — Tetradenia riparia

Identification

  • Nom accepté : Tetradenia riparia (Hochst.) Codd, Lamiaceae, la famille de la menthe et du basilic. Huit synonymes, dont Iboza riparia et Plectranthus riparius.
  • Kirundi et kinyarwanda : umuravumba. Anglais : ginger bush. Noms voisins en Tanzanie : ikiingiyi (chagga), ol-ikiingyi (maasai).
Détermination à confirmer. POWO ne place ni le Burundi ni le Rwanda dans l’aire native de Tetradenia riparia, et le GBIF n’en enregistre aucune occurrence burundaise. En revanche, treize occurrences du genre sont recensées au Burundi — Muramvya, Teza, Bukeye, Kayanza, Bujumbura rural, entre 1 324 et 2 100 m — rattachées à T. multiflora et T. urticifolia. L’enquête burundaise de 2023 identifie d’ailleurs l’umuravumba comme Tetradenia urticifolia, espèce bien native du Burundi. Conséquence : les travaux pharmacologiques ci-dessous ont été menés sur du matériel identifié comme T. riparia, au Rwanda, en Afrique du Sud, au Brésil et en Tanzanie ; leur transfert à l’umuravumba récolté au Burundi n’est pas garanti.

Reconnaître et situer

Arbuste ou petit arbre semi-succulent et décidu. Tiges cassantes. Feuilles ovales à oblongues, veloutées et couvertes de glandes, fortement aromatiques au froissement — l’odeur suffit souvent à l’identifier. Fleurs en grandes panicules ramifiées, mauve pâle à rose lilas ou blanches ; floraison de mai à août.

Au Burundi comme au Rwanda, la plante est le plus souvent plantée dans les haies vives et autour des habitations. C’est une plante de l’enclos familial, du rugo, ce qui explique sa présence dans presque toutes les régions habitées.

Parties utilisées et usages rapportés

Organes employés : feuilles, tiges, parties aériennes.

Enquête de 2015 : umuravumba est la plante la plus citée de toute l’enquête, par 63 % des tradipraticiens de Bujumbura, contre la mycose des pieds, la toux, la sinusite, la diarrhée, la varicelle, les mycoses cutanées, la teigne, l’otite et la fièvre.

Enquête de 2023 : usage antipaludique cité par 9,1 % des ménages, et usage comme répulsif à moustiques.

La banque Prélude documente au Burundi la toux et les parasites de la gorge, ainsi qu’un usage vétérinaire important sur les crêtes Congo-Nil : stérilité et refus de lactation des bovins, parasites, sangsues.

Préparations rapportées

Macération, décoction, feuilles pilées, feuilles passées au feu ou chauffées dans la cendre pour en extraire le jus, inhalation de vapeur, friction sur la gorge ou le corps, poudre séchée en application locale.

Ce que la recherche a établi

La phytochimie est bien caractérisée. Diterpènes : ibozol, 7α-hydroxyroyléanone, 6,7-déhydroroyléanone, sandaracopimaradiène-diol. Alpha-pyrones : umuravumbolide — dont le nom est formé sur le nom kirundi — boronolide et tétradénolide. L’huile essentielle est dominée par la fenchone, de 3,6 à 64,8 % selon la provenance.

Plusieurs équipes indépendantes ont reproduit des activités antimicrobiennes in vitro : concentration minimale inhibitrice de 15,6 µg/mL sur Staphylococcus aureus et 31,2 µg/mL sur Candida albicans pour l’huile essentielle ; 1,95 µg/mL pour l’ibozol sur le staphylocoque ; 31,2 à 62,5 µg/mL sur Mycobacterium tuberculosis pour la déhydroroyléanone.

Un résultat recoupe directement l’usage burundais dominant : l’extrait hydroalcoolique inhibe Trichophyton, agent des teignes et des mycoses du pied, à 62,5-125 µg/mL.

Une activité antileishmanienne a été rapportée, mais avec un indice de sélectivité faible pour la royléanone, toxique pour les macrophages aux doses actives.

Le résultat le plus robuste concerne les moustiques : l’huile essentielle est larvicide sur Anopheles et Aedes à 29 à 41 ppm, la fenchone seule à 6 à 7 ppm, par inhibition de l’acétylcholinestérase, avec un indice de sélectivité de 18 à 32 vis-à-vis des organismes non cibles. Ce travail soutient l’usage répulsif, non l’usage curatif.

Aucun essai clinique chez l’humain. Preuve préclinique correcte, preuve d’efficacité humaine nulle.

Sécurité

Chez la souris, les extraits de racine et de fruit se sont montrés toxiques à 1 gramme par kilogramme par voie intrapéritonéale, alors que les extraits de feuille et de tige ne l’étaient pas : la distinction d’organe compte.

Des cas humains d’intoxication après surdosage ont été rapportés en Afrique du Sud : nécrose muqueuse sévère, salivation profuse dépassant cinq litres en vingt-quatre heures, urines et selles hémorragiques, anurie. C’est la donnée de sécurité la plus lourde du dossier.

Aucune dose létale médiane orale publiée n’a été trouvée. Aucune contre-indication et aucune interaction médicamenteuse documentées. La toxicité chronique et la sécurité chez l’enfant restent inconnues, alors que les usages burundais visent largement l’enfant.

Sources : Ngezahayo et al. (2015), doi:10.1016/j.jep.2015.07.028 · Havyarimana et al. (2023), doi:10.32859/era.25.31.1-28 · Van Puyvelde et al. (1986), Journal of Ethnopharmacology 17(3) : 269-275, doi:10.1016/0378-8741(86)90115-7 · Njau & Ndakidemi (2017), International Journal of Biology 9(4) : 35-41, doi:10.5539/ijb.v9n4p35 · Demarchi et al. (2015), Experimental Parasitology 157 : 128-137, doi:10.1016/j.exppara.2015.06.014 · de Oliveira et al. (2022), Pesticide Biochemistry and Physiology 188 : 105265, doi:10.1016/j.pestbp.2022.105265 · Banque Prélude.

🌿Ingarigari — Aloe lateritia

Identification

  • Nom accepté : Aloe lateritia Engl., Asphodelaceae. Deux variétés reconnues, var. lateritia et var. graminicola.
  • Kirundi : ingarigari, ingagari. Kinyarwanda : inkakarubamba, igikakarubamba. Swahili : mlalangao. Aucun nom français ou anglais propre à l’espèce.
  • Confusion documentée : la littérature a confondu A. lateritia avec Aloe wollastonii, qui est l’espèce retenue par la flore du Burundi. L’enquête burundaise de 2023 ne descend d’ailleurs qu’au rang Aloe sp. La détermination reste partiellement incertaine.
L’aloès du Burundi n’est pas l’aloe vera. Aloe vera a pour aire native le nord d’Oman. POWO ne le liste au Burundi ni comme indigène ni comme introduit, le GBIF n’y enregistre aucune occurrence, et la flore du Burundi ne recense que quatre Aloe : A. bukobana, A. myriacantha, A. wollastonii et A. zebrina. L’immense littérature pharmacologique et commerciale consacrée à l’aloe vera ne concerne donc pas l’aloès de la médecine traditionnelle burundaise.

Reconnaître et situer

Herbe succulente acaule ou à tige courte pouvant atteindre 50 cm chez les sujets âgés, drageonnante et souvent en touffes. Rosette dense de seize à vingt feuilles lancéolées de 25 à 50 cm sur 5 à 10 cm, marquées de taches blanches, à dents marginales acérées. L’exsudat foliaire est jaune et sèche en une substance amère.

Prairies et broussailles ouvertes, souvent sur pentes rocheuses, de 250 à 2 100 m. POWO limite l’aire à l’Éthiopie méridionale, au Kenya, à la Tanzanie et au Malawi, sans mentionner le Burundi ; mais le GBIF y enregistre 23 occurrences, dont un lot de parts d’herbier récoltées le 12 mai 1981 à Bukemba, dans le Mosso, province de Bururi, en savane à Loudetia sur termitière, conservées à Uppsala, au Smithsonian, à Meise et à Naturalis. Une publication porte par ailleurs sur le parc national de la Ruvubu. L’espèce est présente au Burundi mais y reste marginale.

Parties utilisées et usages rapportés

Organes employés : feuilles, sève et racines.

Enquête de 2015 : citée par 7 % des tradipraticiens, la fréquence la plus faible des espèces de cette page, contre la diarrhée, la rougeole, la mycose cutanée et la lèpre.

La banque Prélude documente au Burundi un usage précis et récurrent : la sève sert à retirer de l’œil l’akène d’un arbuste. Elle rapporte aussi la friction du suc sur la peau, et l’emploi des feuilles et racines contre la diarrhée, les éruptions cutanées, la mycose du pied et la blennorragie.

Enquête de 2023 : usage antipaludique cité par 2,4 % des ménages, avec cette indication notable que 75 % des répondants jugent la plante presque introuvable — signe d’une raréfaction locale.

Préparations rapportées

Macération de feuilles, sève recueillie directement de la feuille coupée et appliquée localement ou en instillation, suc de feuilles écrasées, décoction de racines, friction.

Ce que la recherche a établi

La composition est partiellement connue. L’exsudat contient des C-glucosides d’anthrone : homonataloïne et aloïne, cette dernière étant le principe purgatif actif. Les racines contiennent du chrysophanol, de l’asphodéline et plusieurs aloésaponols.

Aucune étude pharmacologique — in vitro, animale ou clinique — n’a été publiée sur cette espèce. Les recherches ne ramènent que des travaux portant sur d’autres Aloe, qui ne lui sont pas transposables.

Le seul mécanisme pharmacologiquement plausible, l’effet laxatif de l’aloïne, découle de la classe chimique et non d’une étude sur A. lateritia.

Sécurité

Aucune dose létale médiane, aucune étude d’hépatotoxicité ou de néphrotoxicité propre à l’espèce.

Un signal existe au niveau de la classe chimique : les dérivés hydroxyanthracéniques, dont l’aloïne et l’aloe-émodine, ont été interdits dans les denrées alimentaires par le règlement européen 2021/468 pour préoccupations de génotoxicité. Ces dispositions ont été annulées par le Tribunal de l’Union européenne en 2024 et le débat scientifique reste ouvert. Il ne s’agit pas d’une toxicité établie sur cette espèce, mais d’un signal réglementaire sur ses constituants.

Aucune contre-indication et aucune interaction documentées. L’usage oculaire rapporté au Burundi n’a fait l’objet d’aucune étude d’irritation.

Sources : Ngezahayo et al. (2015), doi:10.1016/j.jep.2015.07.028 · Havyarimana et al. (2023), doi:10.32859/era.25.31.1-28 · PROTA · POWO, Kew · Banque Prélude · Règlement (UE) 2021/468 · GBIF, occurrences Burundi.

À part

Deux plantes introduites, très promues

On les entend beaucoup au Burundi. Elles n’appartiennent pourtant pas à la pharmacopée traditionnelle burundaise.

🌱Moringa — Moringa oleifera

Ce qui est établi

Moringa oleifera Lam., famille des Moringaceae, est un petit arbre originaire de l’Inde, cultivé au Burundi pour ses feuilles et ses racines comestibles. Il figure dans la liste des plantes cultivées du pays. Les rares relevés burundais sont urbains ou riverains du Tanganyika.

Ce qui ne l’est pas

Aucun nom kirundi n’a été retrouvé pour cette plante. Elle est absente des grandes enquêtes ethnobotaniques burundaises, et la banque Prélude ne contient aucun enregistrement burundais ou rwandais la concernant, sur soixante-sept références mondiales. La presse burundaise la présentait encore récemment comme « une nouvelle plante en cours de culture ».

Le moringa est donc une plante alimentaire introduite, en cours d’appropriation, et non un élément du patrimoine médicinal burundais.

Sources : Flora of Burundi · Banque Prélude · GBIF.

🌱Armoise — Artemisia annua

Ce qui est établi

L’artémisinine, extraite d’Artemisia annua, est le principe actif des traitements antipaludiques recommandés — les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine. C’est un apport majeur de cette plante à la médecine mondiale, et il est réel.

Ce qui ne l’est pas

Le genre Artemisia ne figure pas dans la flore du Burundi, ni à l’état sauvage ni en culture recensée. Aucun nom kirundi. Aucun enregistrement burundais ou rwandais dans la banque Prélude. Sa présence au Burundi est attestée par la presse et le plaidoyer associatif, non par la botanique.

⚠️ Position de l’Organisation mondiale de la Santé, 10 octobre 2019.

« WHO does not support the promotion or use of Artemisia plant material in any form for the prevention or treatment of malaria. » — L’OMS ne soutient ni la promotion ni l’usage du matériel végétal d’Artemisia, sous quelque forme que ce soit, pour la prévention ou le traitement du paludisme.

Ses motifs : la teneur en principe actif varie fortement d’une préparation à l’autre ; elle est souvent insuffisante pour éliminer tous les parasites et éviter une rechute ; un usage généralisé pourrait accélérer la résistance à l’artémisinine — ce qui menacerait les traitements qui fonctionnent aujourd’hui ; l’artémisinine, sous toute forme, protège mal en prévention ; et des traitements efficaces et abordables existent.

Des affirmations circulant au Burundi — « 95 % de guérison » par une simple tisane — contredisent directement cette position.

Source : OMS — The use of non-pharmaceutical forms of Artemisia, 10 octobre 2019, réf. WHO/CDS/GMP/2019.14.

Méthode et sources▾

Chaque fiche s’appuie sur des travaux publiés, cités nommément avec leur identifiant numérique. Les principaux :

  • Nzoyisubiziki J., Ngezahayo J., Ngendahimana A. et al. (2024), « Extension of the EU Traditional Herbal Medicine concept to an oral transmission context », Ethnobotany Research and Applications 29 : 1-21. Enquête auprès de 43 tradipraticiens à Bujumbura, Rumonge, Karusi et Bururi, avec spécimens déposés à l’herbier du Département de Biologie de l’Université du Burundi.
  • Ngezahayo J., Havyarimana F., Hari L., Stévigny C., Duez P. (2015), « Medicinal plants used by Burundian traditional healers for the treatment of microbial diseases », Journal of Ethnopharmacology 173 : 338-351. Enquête auprès de 60 tradipraticiens dans treize communes de Bujumbura.
  • Havyarimana C., Nkengurutse J., Ngezahayo J. et al. (2023), enquête antipaludique auprès de 341 chefs de ménage dans sept provinces et cinq zones éco-climatiques, Ethnobotany Research and Applications 25 : 31.
  • Banque Prélude, Musée royal de l’Afrique centrale, base de la médecine traditionnelle africaine, référence par référence.
  • Plants of the World Online (Royal Botanic Gardens, Kew), GBIF, Flora of Burundi et PROTA, pour la taxonomie, la répartition et le statut indigène ou introduit.
  • Pour la pharmacologie et la toxicologie : PubMed, Journal of Ethnopharmacology, Malaria Journal, Experimental Parasitology, ainsi que les avis de l’Agence européenne des médicaments et de l’EFSA sur les alcaloïdes pyrrolizidiniques.

Aucune quantité, aucune durée de traitement ni aucune posologie n’est reproduite ici, alors même que les études en contiennent. Aucun usage n’est présenté comme une recommandation d’ACAPE Burundi. Lorsqu’une répartition ou une détermination botanique n’est pas confirmée, la fiche le signale.

Deux limites méritent d’être connues du lecteur. D’abord, les deux enquêtes burundaises de 2015 et 2024 proviennent de la même équipe de recherche et se recoupent partiellement en informateurs et en régions : elles ne constituent pas deux confirmations indépendantes. Ensuite, les auteurs de l’étude de 2024 signalent eux-mêmes que l’information sur l’efficacité, les effets indésirables et les interdits est particulièrement difficile à obtenir, de sorte que l’efficacité et la sécurité de ces remèdes restent difficiles à évaluer. Aucune des cinq espèces anti-infectieuses n’a encore fait l’objet d’une étude d’activité biologique.

Modifié le: mercredi 16 septembre 2026, 14:27